Taureau, le détachement de l’expérience

Taureau, détachement de l'expérience

Le signe du Taureau correspond aux énergies continuant le travail amorcé en Bélier. Il s’agissait alors de toucher une intention d’évolution reposant sur un travail conjoint de l’Âme et de la Personnalité. Le taureau invite à la clarifier, l’affirmer et surtout à l’accompagner dans son développement.

Le travail en Bélier invite à clarifier ses idées, mais surtout à clarifier un positionnement, une direction. Car en Bélier, le travail n’est encore que potentiel : l’intention commence tout juste à se densifier sur le plan mental.

Taureau : les moyens de l’intention

En Taureau, il va ainsi être question d’expérimenter cette intention, de la vivre, de la motiver. L’énergie taureau agit en effet en lien avec le plan émotionnel. Cela ne veut pas dire qu’il s’agit de nos émotions, même si cela peut être le cas. Cela signifie que l’énergie que nous pouvons ressentir en Taureau agit de manière émotionnelle. C’est-à-dire dans une capacité à mettre en mouvement, en action et à conforter ce mouvement. C’est le cas notamment de tous les signes de la croix “fixe” : Verseau, Taureau, Lion et Scorpion.

Le Taureau, que ce soit dans le cycle de la croix fixe ou dans la suite du Bélier, cherche à confirmer, à tester la qualité de l’énergie précédente. Ainsi, suite au Bélier, et du point de vue formel, la phrase clé du taureau est Que la lutte se poursuive sans crainte.” Le Taureau se donne les moyens, et il y arrivera. C’est une volonté inlassable de recherche pour atteindre la lumière. C’est ce que nous retrouvons dans la première partie du travail d’Hercule consacrée à la capture du taureau de Crète :

“Traversant l’océan jusqu’à l’île ensoleillée (…), Hercule entreprit de chercher et trouver le taureau afin de le conduire au Lieu Saint où résidaient les hommes à l’œil unique. De lieu en lieu, il chassa le taureau conduit par l’étoile qui brillait sur le front du taureau, lampe claire dans l’obscurité. Cette lumière se déplaçait avec le taureau, le conduisait ici et là. Seul, Hercule chercha le taureau ; seul, il le chassa jusqu’à son repaire ; seul, il le captura et monta sur son dos. (…). Dans cette lumière, il chevaucha le taureau, traversant les eaux miroitantes de l’île de Crète jusqu’au pays où habitaient les trois Cyclopes.”  (Bailey, 1990).

Matérialisme spirituel et sexualité

Dans un premier temps, il est intéressant de constater que la lumière de l’âme est portée par un animal terrestre. Comme dans les autres signes, le Taureau est aussi porteur de son matérialisme spirituel. Ce qui est touché, au niveau de l’âme, peut être conservé, égocentriquement par la personnalité. C’est-à-dire que toute expérience de toucher d’âme conduit à renforcer la personnalité.

D’une manière plus psychologique, c’est la tendance normale de développement personnel, de construction identitaire et subjective à travers les expériences de la vie : toute expérience est une expérience pour le Moi et la Personnalité dans son ensemble.  Et ce, même quand il s’agit de toucher une énergie d’Âme. Cette expérience est tout à fait fondamentale et nécessaire dans un premier temps. Il peut en être ainsi lors des moments de vérité vécus dans les méditations. Nous nous sentons alors plus conscient et plus présent. Cependant cette perception énergétique est immédiatement reprise et gardée par le Moi qui alors se renforce et se valorise.

Du point de vue de la personnalité, le taureau est une énergie qui invite à acquérir, à prendre pour soi. Nous retrouvons ici, l’influence de Vénus, Planète de l’unification des polarités. La personnalité influencée par l’énergie Taureau aura tendance à s’individualiser par le processus du besoin de posséder et surtout de posséder pour soi et en soi en tant qu’expérience. Or cette individualisation crée l’illusion de la toute puissance et de la suffisance. Et, en même temps, cette individualisation donne en permanence à voir le manque de ce qui n’est pas incorporé, expérimenté ou acquis. C’est la recherche désespérée du Taureau cherchant sa complétude en lui-même et surtout par l’autre.

Il est question ainsi dans le Taureau du rapport à la sexualité. Ce rapport n’est pas tant un rapport au sexe sur le plan physique, bien que cela puisse être le cas, mais un rapport à l’autre, et plus particulièrement du rapport à l’autre en tant qu’objet de désir et de complétude. Ainsi “Le pouvoir du signe du Taureau est celui de l’attraction et de la réunion” (Bailey, 1990). Cependant, le Taureau se heurte à l’inaccessible de l’expérience du grand Autre (Lacan) ou du Tout-Autre. Du point de vue de la personnalité, il n’a jamais assez et ne peut qu’accumuler de “petites” expériences.  

La volonté de l’Âme

Derrière le travail d’Hercule se cache une vérité qui me paraît importante : celle de ne pas se laisser happer par le vécu de l’expérience. Autrement dit, passer de l’avoir à l’être.

En effet, dans un premier temps, nous pouvons voir Hercule dans une posture tendant vers la lumière de l’âme guidé par une émotion, une mise en mouvement inébranlable. Ce mouvement permet ainsi une identification progressive à l’énergie de l’âme. Nous ne nous identifions pas en tant qu’âme d’un coup, comme une illumination soudaine et définitive. Cette identification se fait progressivement, par le travail de transformation et de subjectivation intérieure, celui qui nous fait passer du Moi au Soi.

C’est la nature de l’énergie représentée astrologiquement par Vulcain, planète régente ésotériquement du Taureau. Elle permet d’affirmer sans relâchement, la direction d’évolution. Quand Hercule chevauche le taureau, il chevauche en tant qu’âme la nature émotionnelle du travail de conscience et d’unité entre Âme et Personnalité. Cela rappelle le même travail de discernement qu’il a déjà effectué en Bélier alors qu’il  avait réuni les pensées éparses symbolisées par les cavales : “”Hercule montait le taureau comme si c’était un cheval“. La différence est qu’en Bélier, Hercule le fait par accident, tandis qu’en Taureau, il s’agit de se donner les moyens pour faire exister l’énergie perçue précédemment. Le lien est fait entre terre et ciel, ou du moins la nature du travail de ce lien est confirmée. Le chemin  n’est pas tracé pour autant ; ce sera le travail dans les mois suivants. Mais l’intention initiale vécue en Bélier est confortée et ajustée par ce long processus de multiples expérimentations.

Cependant, ceci ne peut se produire qu’à partir du moment où la recherche est aboutie, quand “tout est illuminé”. Ce qui correspond à la phrase clé du point de vue de l’âme : “Quand l’œil est ouvert, tout est illuminé.” Quand l’œil est ouvert, quand la nature supérieure et animique du travail est comprise, car vécue intérieurement,  alors les expériences successives sont vues comme un tout, dans un ensemble et une direction cohérente. Paradoxalement, c’est par détachement de la compréhension,  c’est-à-dire de la non prise pour soi de l’expérience que l’œil s’ouvre. C’est ce que répond Hercule à son instructeur qui lui demande pourquoi il revient les mains vides, sans le taureau capturé : J’ai les mains vides parce que j’ai rempli la tâche qui m’était assignée. Le taureau sacré est délivré et en sécurité avec les Trois.”  Il ne possède rien, mais il s’inscrit dans le flux de la vie.

Le jugement des cyclopes

Les trois cyclopes, Brontès, le “Tonnerre“, Stéropès, l'”Éclair” et Argès, la “Foudre” rappellent les trois qualité du lien Âme – Personnalité. C’est à eux que Hercule remet le Taureau. Le fruit du travail et de l’expérience ne vaut pas pour lui, mais pour l’ensemble. En cela il s’érige en tant que héros et “fils de Dieu“.

“Brontès est le symbole du premier aspect de Dieu, le Père qui parle, le son créateur. Stéropès signifie illumination ou lumière, il est le deuxième aspect, l’âme. Argès signifie activité tourbillonnante, troisième aspect de la divinité s’exprimant dans l’intense activité de la vie sur le plan physique” (Bailey, 1990).

Les cyclopes jugent et mesure la qualité du lien entre terre et ciel :  “Il arrive avec force” dit Brontès”, Il chevauche dans la lumière, dit Stéropès”, “Il arrive rapidement dit Argès”. Si les trois cyclopes représentent des natures divines supérieures, ils parlent en termes très concrets, terre à terre. La spiritualité, n’est pas qu’une affaire de vécu intérieur et personnel. C’est une psychologie entre matière et esprit où la qualité des relations peut être étudiée et jaugée. Au même titre que, en tant que psychologue, nous qualifions la nature des liens entres personnes, il est possible de qualifier la nature du lien entre le Soi et le Moi.

C’est alors que les dieux lui demande son nom. Cette relation entre Âme et Personnalité étant établie, il peut alors acter sa nature divine en se nommant lui-même. Il est devenu “autonome“, c’est-à-dire un représentant de l’ensemble.

 

Bibliographie :

Bailey, A. A. (1990). Les travaux d’Hercule. Genève: Lucis Trust.

Photo : Geralt @ pixabay.com

 

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