USA, un pas de conscience ?

Une grande indignation se sent depuis mercredi dernier, suite au résultat de l’élection présidentielle américaine. Beaucoup, à la place du candidat élu, Donald Trump, auraient préféré l’autre, Hillary Clinton. Mais aurait-ce été préférable ?

Les étapes de conscience

Dans le principe de l’involution et de l’évolution de la conscience (évoquée en conférence), nous passons d’une conscience de dépendance, à une conscience d’indépendance, puis à une conscience d’inter-indépendance. Le “nous” correspondant autant à l’individu qu’à une société.

La conscience de dépendance, ou conscience de masse, se caractérise par un désir de maintenir un lien avec le passé. Pour un individu, cet état de conscience est particulièrement actif durant l’enfance jusqu’à l’adolescence. Dans une société, l’état de conscience de dépendance transparait dans l’allégeance à un idéal et le retours aux anciennes valeurs. C’est le “Make America Great Again” de Trump, slogan qui est lui-même une reprise du slogan de Reagan. Rien ne bouge, rien ne change, il faut garder et maintenir le prestige d’avant. Il n’y a ici aucune proposition de pensée, car il s’agit simplement de vivre comme par le passé en reproduisant les mêmes schémas autarciques (autistiques ?).

Cependant, Donald Trump joue aussi sur les valeurs personnelles et l’image d’une conscience d’indépendance. Conscience dans laquelle chaque personne évolue pour et par elle-même. C’est un état de conscience où se joue la déliaison avec les habitudes et les coutumes au profit d’idées et de valeurs personnelles caractéristique de nos sociétés occidentales actuelles. Nous vivons selon nos désirs, nos plans personnels et nous mettons en œuvre nos moyens pour y parvenir, sans trop se soucier des autres. Une pensée émerge : une pensée personnelle, centrée sur le Moi et les manques physiques et émotionnels à combler. Entre dépendance et indépendance, Donald Trump incarne cet idéal de l’homme qui réussit et dont le Moi rayonne par lui-même sur chaque building.

La suite de l’évolution passe par une conscience de l’ensemble. On peut parler de conscience d’inter-indépendance. D’un côté, chacun est libre et en pouvoir d’organiser sa vie, et d’un autre, il met ses capacités au service du bien des autres et de l’ensemble. Pour l’instant, cette société est utopique, mais nous pouvons déjà en déceler des indices : prise de conscience écologique au niveau planétaire, remise en question des gouvernances et en particulier des démocraties, demande d’une transparence institutionnelle, redistribution et justice économique. Nous pouvons nous demander, comment il est encore possible qu’une seule personne puisse avoir autant d’influence sur un pays et sur le monde. Comme la conscience d’indépendance est un changement de paradigme par rapport à la conscience de dépendance, l’inter-indépendance change de paradigme pour celui d’une conscience d’ensemble.

Où se situe la campagne de Hillary Clinton ? Dans l’entre-deux. Elle cherche à avancer avec les autres sans pour autant avoir une pensée innovante pour l’ensemble. Tandis que le slogan de Donald Trump propose une direction claire, revenir en arrière, celui de Hillary Clinton est flou, même s’il est emprunt de bon sentiment : “Stronger together”. Mais  plus fort ensemble pour faire quoi ? Pour aller où et comment ? Comme beaucoup de dirigeants européens, Hillary Clinton propose de continuer à vue. Les programmes sont détaillés point par point mais malheureusement sans idée directrice exceptée celle d’un court-termisme sécuritaire. L’avancée est subie  : on coopère, non pas par principe politique, mais  parce qu’on ne peut faire autrement ; on se réunit en COP non pas par principe de juste relation avec la nature, mais parce qu’il y a un risque pour l’humanité, et en particulier un risque économique. C’est toujours mieux que rien. Certes. Cependant cette démarche n’est pas porteuse d’idéal. Agir par défaut n’incarne pas une proposition. Agir par défaut, en politique, est un défaut de penser. Et un défaut de penser induit un défaut d’idéal. Dit d’une autre manière, sans penser les choses (plan mental), il n’est pas possible de les transformer en idéal (plan émotionnel) pour les concrétiser (plan physique).

Donald Trump incarne un idéal fort, malheureusement avec des pensées égoïstes et dans l’illusion que le peuple peut reprendre le pouvoir. Hillary Clinton, incarne une énergie moins émotionnelle, plus mentale et raisonnée, mais pas encore en relation avec des valeurs d’ensembles claires. Nous avons le même problème en France : des politiques sans idées, au jour le jour, n’incarnant qu’un pis aller, opposé à des partis fortement enthousiasmants favorisant le protectionnisme et l’individualisme.

Et c’est ici que cela devient intéressant. Donald Trump et les votes extrêmes en France révèlent des personnes qui commencent à s’intéresser à la politique et donc qui commencent un travail de pensée, même s’il est pour l’instant égoïste et façonné par une réaction émotionnelle. D’un autre côté, cela réveille les partis et personnes au pouvoir ayant tendance à s’enfermer dans une auto conservation de la raison. Le raisonnement mental tourne autour de lui-même. Les idées, méthodes et processus ne changent plus. On peaufine, mais on ne change pas de plan (au sens de niveau de conscience et projet). Un fossé sépare le peuple des élites pensantes. Construire l’Europe, le monde, des relations internationales va dans le bon sens. Les construire sans les peuples alors que ceux-ci demandent à prendre part de plus en au plus décisions devient intenable. La politique hors-sol doit refaire le lien entre peuple et gouvernance. C’est la crise de cette dichotomie qui se joue.

Malheureusement, éviter les crises sans en questionner les fondements est un principe économique de la psyché humaine. Il est en effet beaucoup plus facile et moins dangereux pour le Moi de vivre en se renouvelant pas trop fort et pas trop vite que de s’impliquer dans des processus risquant de tout changer. Le Moi préfère garder son identité, son assise et son pouvoir. Ainsi, nous cherchons le plus souvent à s’arranger avec notre personnalité, plutôt que de changer pleinement de point de vue. Une crise est parfois salvatrice.

Le saut quantique de la pensée

Ainsi, un saut quantique est nécessaire, un changement radical de plan de pensée. Un saut quantique est un changement brusque d’état sans étape intermédiaire. Dans Les travaux d’Hercule, Alice Bailey (1990) décrit comment Hercule cherchait à vaincre l’Hydre de Lerne en tentant de lui couper les têtes. Or celles-ci repoussaient sans cesse. Pour vaincre l’Hydre, Hercule dut s’agenouiller dans le marais, porter l’Hydre au soleil en lui faisant traverser la couche d’air fétide. Les têtes de la créature moururent touchées par la lumière. Seule une tête resta, celle représentant la volonté purifiée. C’est un travail très difficile car il implique la mort des anciennes formes et habitudes de pensées. Ce n’est pas un ajustement, mais un changement radical influencé par des énergies de et pour l’ensemble. Ce travail est particulièrement celui de la période Scorpion. Le Scorpion ne demande pas de faire des concessions, mais de mourir et renaître à soi, à un autre état de conscience. La psyché demande un peu de temps d’intégration, mais une fois l’étincelle de conscience supérieure apparue, le retour en arrière n’est plus possible et l’étape suivante se dessine. Il y a un changement total de paradigme.

Pour les politiques raisonnées, plutôt mentales, il s’agit alors d’orienter la sensibilité mentale sur les problématiques et énergies de l’ensemble : passer d’une identification à soi à une identification à l’ensemble. L’idée d’une seule personne à la tête d’un pays devient-elle encore possible ? Comment prendre des décisions justes et communes ? Toutes les initiatives de gouvernances partagées ou de consultations populaires sont intéressantes de ce point de vue.

Cependant, pour les électeurs de Donald Trump, le saut quantique est encore plus important. Emprunt d’un émotionnel de masse, il y a encore besoin de s’identifier à un idéal d’homme providentiel. L’idée d’une gouvernance groupale pour une unité planétaire est encore loin. Si l’évolution des consciences ne peut faire l’impasse et l’économie de l’étape de l’individualisation égoïste, il est en revanche possible  d’accélérer la prise de conscience.

La voie de l’ensemble

Le vote extrême, ou contestataire, même immoral et non raisonné, oblige à une remise en question de la pensée politique. Cependant, comme le dit Edward Snowden dans son dernier entretien, cela « ne serait jamais le fait des politiciens », mais « seulement le travail du peuple » ( Snowden, in Poncet, 2016). C’est le rôle de tous  les penseurs et éducateurs éclairés, c’est le rôle de chacun. Il ne s’agit d’avoir des idées toutes prêtes car penser l’ensemble signifie aussi penser ensemble. Il est ainsi de la responsabilité de chacun que de proposer un penser ensemble dans tous les métiers et instances sociales. Là où Hillary Clinton n’aurait apporté qu’un conservatisme des idées, Donald Trump est peut-être une chance de réflexion pour un changement de paradigme. A condition, bien sûr, de saisir cette opportunité de réflexion pour proposer des idées communes, sinon cela participera davantage à une cristallisation du passé…

Bibliographie

Bailey, A. (1990). Les travaux d'Hercule. Genève: Association Lucis Trust.
Poncet, P. (2016). Pour Edward Snowden, l'élection de Donald Trump n'est pas si grave. Le Point.
Crédits
Photo : SnapwireSnaps
Merci à Marc pour la discussion !

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3 réponses

  1. Julie-Camille dit :

    Bravo pour ce texte qui nous donne une lecture différente de ce qu’on peut voir ou entendre et qui nous ouvre les yeux sur une autre réalité.
    Merci

    J-C

  2. Franck dit :

    …et ne pas mettre d’énergie à couper la tête de Trump car il en repoussera deux !

    Franck

  3. David dit :

    Et oui ! car bien trop souvent on se positionne contre sans proposer : on est contre le gouvernement, contre la droite, contre le FN, mais pour proposer quoi ? En voulant couper les têtes, on s’embourbe ; on dépense de l’énergie inutilement. Et, paradoxalement, en se positionnant contre, on maintient. C’est une défense et un évitement de la pensée.
    J’en parle un peu dans l’article sur le terrorisme.

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